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04.09.2008

GeekUp à l'université d'été du MEDEF

Mercredi dernier (oui je suis super réactive sur ce coup-là!), Milkyfraise et moi avons participé à l’université d’été du MEDEF dans le cadre de l’initiative Blogueurs @ X. Nous étions donc parmi les 202 blogueurs « accrédités » pour participer sans limites à l’événement. Comme ce n’est pas donné à tout le monde de s’absenter 3 jours du bureau (à croire que les blogueurs n’ont pas de travail ?!), mon compte-rendu s’arrêtera à la seule après-midi de mercredi, mais vous n’aurez aucun mal à trouver plus de détails sur le blog commun de l’événement, et sur plusieurs autres blogs persos.

Déjà l’arrivée sur le site donne l’impression de jouer dans la cour des grands. De part notre métier nous sommes plus habituées à courir les conférences tech, et LeWeb3 de l’année dernière était déjà pour nous une TRES grosse conf :). Le thème est « Voir en Grand », en tous cas en termes logistiques, on peut le dire, le site a été aménagé d'une main de maitre.

Nous découvrons les lieux et nous rendons à l’espace blogueurs. Frédéric Chevalier et ses collègues ont vraiment intégré les blogueurs à l’événement en leur sortant le grand jeu : salle dédiée avec ordinateurs en accès libre, codes d’accès au blog, accès à toutes les conférences, plateau web TV et la possibilité d’interviewer les intervenants sur simple demande. Dommage donc de ne pas avoir plus de temps pour s’immerger vraiment dans l’expérience.

Nos chemins se séparent ensuite pour les conférences de 15h30. Milkyfraise suivra le chemin des fonds souverains, hedge funds et autres private equity pour se poser la question « Que reste t’il de nos frontières ? ». Pour ma part, je replonge dans les thématiques longuement abordées en fac de communication avec « L’opinion publique : titan ou tyran ? ». Les citations de Smith et Weber me rappellent mes souvenirs d’amphi de sociologie et d’analyse des medias. Le niveau d’intervention est vraiment élevé et intéressant, grâce à un panel varié et qui a su la plupart du temps aller au-delà des casquettes politique pour enrichir le débat.

Le premier et pas des moindres orateurs est Raymond Boudon, qui débute la réflexion par la théorie du spectateur impartial d’Adam Smith, qui affirme que l’individu peut en fait se placer dans la position d’un tiers, d’un observateur impartial, et peut donc s’affranchir de son égoïsme et fonder son jugement sur la sympathie. Boudon pense par ailleurs que les jeunes français ont des lacunes en termes d’analyse économique au détriment des intérêts et valeurs sociales. Enfin, pour lui, l’opinion publique, sur bien des sujets, joue un rôle positif dans la vie démocratique.

La parole passe ensuite à Thierry Saussez, délégué interministériel à la communication et directeur du Service d’Information du Gouvernement. Son intervention pose les jalons du débat qui s’effectuera pendant les deux heures suivantes, c'est-à-dire les liens entre politiques, media, et sondages. Comme prémisse, on pose le postulat qu’une élection politique est une rencontre entre une promesse politique et une demande citoyenne. C’est la communication qui les met en rapport et non pas l’opinion. Dans ce trio, on observe de plus en plus souvent l’alliance des media et des sondages à l’encontre des politiques. Le système médiatique, remarquable par sa temporalité très restreinte, est un monde de l’instantané, du sensationnel, qui oblige le politique à une réponse immédiate, sans recul. L’incompréhension entre les media/sondages et les politiques vient de ce décalage. Autre observation intéressante de Thierry Saussez : l’opinion et le comportement sont bien distincts. A titre d’exemple, les français plébiscitent le petit commerce mais font leurs courses dans des hypermarchés. Il faut alors relativiser les résultats des sondages d’opinion. La popularité d’un sondage n’est donc pas synonyme d’adhésion, surtout en politique. C’est sur cette allusion plutôt transparente que ce conseiller de Sarkozy passe la parole à Henri Weber, député européen et secrétaire du PS.

Henri Weber approuve sur le fait que l’opinion publique soit devenue un titan, et que les sondages soient devenus un outil de l’opinion à travers la caisse de résonnance des medias. Mais il n’est pas question pour le politique de suivre à la lettre les sondages sous peine de devenir démago ou politicien. Il doit rester inflexible car l’opinion est changeante et multiple. Il doit contribuer à construire l’opinion pour aider à sa victoire, car les batailles politiques se gagnent souvent d’abord dans les têtes (et il reconnait là le savoir-faire de N.Sarkozy dans ce domaine). Il y a pour cela 4 moyens :
- Elaborer un message clair en mobilisant des experts pour une réflexion collective. Il faut présenter aux citoyens une représentation du monde à laquelle ils peuvent adhérer.
- Avoir un bon leader : les medias audiovisuels poussent à la personnalisation du pouvoir, un bon politique doit donc aussi etre un virtuose du langage des medias
- Maitriser la communication : comme l’a bien compris le service com de Sarkozy, en multipliant les initiatives et en surchargeant les apparitions, les journalistes n’ont pas le recul suffisant pour analyser les actions en profondeur.
- Associer les citoyens : il faut les consulter pour les projets qui les concernent.
Au final, l’opinion publique est un titan qui peut devenir tyran quand les politiques démissionnent, mais qui peut aussi être utilisé pour servir les besoins du politique.

La parole passe à Roberto Frega, philosophe italien dont la prose parait un peu morne après le discours vivant d’Henri Weber. En bon philosophe, il passe les 2/3 de son intervention à définir les termes mêmes d’opinion et de public. Je ne retiendrai donc de son discours que le fait que les croyances proviennent de notre capacité de réflexion mais surtout de nos occasions de confrontation.

La parole repasse « à droite » avec Xavier Bertrand, qui reprend en introduction l’idée que les sondages sont considérés comme sondeurs de l’opinion publique et non comme son reflet. Il faut prendre en compte l’actualité et les conditions du sondage. Le nombre de sondages ne cesse de croitre, mais les politiques ne sont pas là pour être au top des sondages, il faut penser à avancer sur les vraies demandes des citoyens. Pour M. Bertrand, les medias ne sont pas des faiseurs d’opinion mais indiquent la hiérarchie des informations, et ce à quoi il faut penser ou pas. Enfin, par son expérience, il confirme le décalage entre le temps très réactif des medias et celui bien plus long des politiques.

Changement de registre avec le prochain orateur : il s’agit de Matthieu Ricard, moine bouddhiste et proche du Dalaï Lama. Il s’éloigne de la politique pour réfléchir sur le rôle des medias par rapport à l’actualité et à l’opinion. Celle-ci est multiple : manipulée, opprimée ou soutenue. Les medias, la plupart du temps sensationnels, doivent pouvoir analyser à plus long terme, et présenter des situations nécessitant une opinion publique. M. Ricard met aussi le doigt sur le fait que les medias audiovisuels ont changé la donne. Les répressions contre le Tibet ont par exemple été relayées, jusqu’à ce que les images vidéo soient interdites et que le sujet ne soit plus traité par les medias audiovisuels. Pour conclure, il insiste sur l’importance de l’authenticité, et pense que la société doit assumer la responsabilité de se changer individuellement pour évoluer dans sa globalité.

Le dernier panéliste est issu du monde de la publicité. Christophe Lambert est co-fondateur de l’agence Fred, Farid et Lambert. Il confirme que l’opinion publique n’a jamais eu autant de poids, comme l’illustre le fait que les candidats de 2007 soient devenus des « candidats du peuple ». Mais on observe aussi un élan de contre-démocratie, avec des groupes qui se mettent en situation de défiance face aux élites du pays. Aujourd’hui, les individus se constituent eux-mêmes en communautés au gré de leurs valeurs et des circonstances. Pour M. Lambert, les « faiseurs d’opinion » ont une compréhension presque innée du public et des subtilités des communautés. Le role du leader est donc de faire émerger des histoires qui résonnent auprès du public.

J'ai quitté la conférence ravie par le débat qui s'est tenu sous mes yeux (debout au fond d'une salle comble, il fallait vraiment que ça me plaise!!). J'ai apprécié le fait que les panelistes aient globalement su mettre de côté leurs appartenances politiques pour trouver des points de concordance ou faire avancer le débat. L'humour avait aussi sa place avec quelques remarques bien senties.

Après cette conférence, nous avons arpenté la conférence et assisté en partie au débat "USA: still a giant". Je n'ai vu que l'introduction de Christine Lagarde, qui elle aussi s'extrayait de son rôle de ministre pour donner une vision intéressante de la situation américaine, et en écho, mondiale.

Bilan positif de la journée donc (sous le soleil en plus!), même si parfois le contraste entre les participants "légitimes" et moi était criant et plutot amusant! Sur ce, je vous laisse sur la plus longue note de ma vie de bloggeuse. Bonne nuit!

Commentaires

Je te jure Shoukoujo je l'ai lu en entier mais par contre maintenant j'ai mal au crâne :(Je rigoleuuuuuu

bon post bien détaillé et moi je n'aurai pas pu faire mieux parce que je n'ai pas pris de note. J'avoue que les conf étaient plutôt moyennes. C'est certes un évènement assez particulier et ni toi ni moi n'étions très dans le cadre mais c'est très bien joué de la part du MEDEF d'utiliser les nouveaux media. Rien que pour ça Chapeau bas!

Écrit par : MilkyFraise | 06.09.2008

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